Je viens de fêter ma cinquantaine en quarantaine. Je ne rêvais pas d’une grande célébration mais je ne m’attendais certainement pas à ouvrir une bouteille de champagne en « live » devant mon ordinateur, communiant avec famille et amis rivés devants leurs smartphones en France, en Asie ou aux Etats-Unis pour une fête numérique au format totalement inédit. C’est une gifle ce Covid, il me laisse hébété devant la perspective d’un après dont, comme beaucoup, j’ignore pas mal de choses. 

Quid de nos vies professionnelles dans ce contexte. Qu’est-ce que ces deux mois de confinement auront changé quant à la vision de nos métiers et plus encore de l’influence que nous voulons avoir individuellement sur cette société. Cette question a tendance à tourner en boucle dans ma tête, Directeur de la communication d’une Université publique à l’ère post-Covid, qu’est-ce que ça veut dire ?
 
On ne saisit pas encore l’ampleur du cataclysme sur l’économie, encore moins sur la distanciation de nos relations sociales, il y aurait beaucoup à dire sur ces sujets. Quant à la communication, nous avons expérimenté quantité de choses en un temps très réduit et nous savons d’ores et déjà que nous ne pourrons retourner à nos anciens réflexes. Cette crise a marqué en profondeur la société, la communication qui l’a accompagnée n’a pas toujours été exemplaire en termes de précision et de transparence à l’échelle du gouvernement. La défiance anime un nombre important de personnes, l’envie de renverser un certain modèle de société est conséquente pour beaucoup, notre statut de pays riche a été mis à mal, la situation doit nous pousser à l’humilité. Pour moi ce sera le maître mot pour le futur.
 
On ne sait pas tout, on ne peut pas tout savoir. Nous devons réadapter le logiciel, repartir sur d’anciens réflexes de communicant serait une erreur. Plus que jamais, pour que la parole d’une gouvernance soit audible, pour que le message scientifique à destination de la société soit parlant, pour que nos cursus soient attractifs, nous allons devoir faire preuve d’empathie. Nos messages ne s’adresseront plus aux cibles que nous avons identifiées (et stéréotypées) depuis des années, les récepteurs de nos messages ont changé. Ils sont en attente de quelque chose de nouveau, d’exigeant, de transparent. Les « marques » que nous défendons vont devoir s’imprégner de ce changement et se réinventer en profondeur d’autant plus quand elles sont partie intégrante du service public, précisément parce que ce public a considérablement haussé son niveau d’attente.
 
Le métier de communicant doit se renouveler. Plus que jamais, le directeur de la communication va devoir recentrer sa mission et se questionner. On peut être « expert » d’un domaine et dire que l’on ne sait pas. Quand on ne sait pas, il faut interroger, réinterroger, placer nos usagers, nos cibles, notre audience, au centre de nos processus de création et d’élaboration des messages. Les techniques de co-creation, de design thinking vont devenir essentielles, que dis-je, capitales, pour aborder ce tournant efficacement. A commencer par le management de nos équipes. On ne travaillera plus comme avant. Inutile de dire qu’une équipe de com doit être présente sur un même lieu pour être efficace, ce temps là est révolu. La frontière entre nos vies personnelles et professionnelles vient de bouger d’un cran, il va falloir l’intégrer dans notre façon de travailler. Le modèle top down vient définitivement de disparaître et notre façon de ré-envisager nos espaces de travail, notre temps de présence, de réunions passera nécessairement par une idéation collective, l’innovation collaborative doit tourner à plein régime.  
 
Cette période a eu l’avantage de souder nos équipes et nos communautés. Même si la période a été exigeante et contraignante pour beaucoup d’entre nous, il va être nécessaire d’aborder ce déconfinement avec des idées et des perspectives nouvelles. On ne sait pas tout, on ne peut pas tout savoir. Notre performance future se mesurera à la capacité que nous aurons à nous inspirer de ceux qui nous entourent, en les plaçant au cœur de nos processus de création et de nos campagnes de communication, j’en suis convaincu.
 
 Christophe Rousseau, Directeur de la Communication d'Université Côte d’Azur

 
 
 
Construire ensemble : quelques références :
 
MESRI : "Espaces universitaires : osons le co-design et le design thinking !"

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