A Rennes, universités et grandes écoles viennent de tester à grande échelle une plateforme participative dédiée à la co-construction de leur projet collectif UNIR (Université de Rennes). Décryptage par François Berthet, directeur de la communication de l’Université de Rennes 1, d’une démarche participative qui s’appuie pour la première fois dans l’ESR sur un outil numérique développé par une start up parisienne, le même que celui choisi par le gouvernement français dans le cadre du Débat national. 
 

Comment est né ce projet ? 

Il est né dans le cadre de la co-construction du projet qui engage ensemble les établissements d’enseignement supérieur de Rennes (deux universités et cinq écoles). La commande de la gouvernance de l’Université de Rennes (Conseil des membres) était d’adopter une démarche participative permettant à la communauté de s’approprier le projet. Cette approche s’inspire notamment de la ville de Rennes avec la « Fabrique citoyenne » qui connaît un certain succès. Elle offre chaque année la possibilité à ses concitoyens de proposer et voter sur des projets participatifs, adossés à des budgets qui le sont aussi.
 
 
Comment la démarche participative a-t-elle été mise en place ? 

Le projet s’est déroulé en plusieurs phases. La première a été de constituer une équipe « projet » composée de deux DGS, de deux référents communication (Emilie Armand de l’INSA de Rennes et moi-même) et de Charlotte Pilard, chargée de projet (recrutée à l'extérieur). 250 personnes, réparties dans 7 comités thématiquesont ensuite élaboré 104 propositions concrètes. L’idée était en effet de faire participer l’ensemble des communautés sur une base construite et réfléchie. Enfin, il fallait que cette démarche s’appuie sur un outil numérique, intuitif et contributif, afin de mobiliser l’ensemble de la communauté de l’ESR rennaise. La mise en concurrence a abouti au choix de la société Cap collectif qui nous a accompagnés pour prendre en main sa plateforme. Des ateliers en présentiel ont également été organisés pour susciter le débat.
 
 
Quel a été le rôle de la com ? 

Les communicants ont été associés en amont pour définir et mettre en œuvre un plan de communication. Notre rôle a consisté à sensibiliser et accompagner l’ensemble de la communauté dans son appropriation de la plateforme. Lors de son ouverture, nous avons organisé un événement de lancement avec les 250 « ambassadeurs » qui ont contribué aux 104 propositions. L'objectif de la com est d’expliquer l’enjeu et les règles du jeu. Une consultation n’est en effet ni un débat ni un referendum, elle permet de réfléchir collectivement en amont des décisions qui seront prises par les instances. Aujourd’hui, nous contribuons à la publication de la synthèse de la consultation qui s’est clôturée fin décembre.
 
Quels ont été les principales difficultés ? 

Nous avons dû convaincre les sceptiques. Au-delà des oppositions « classiques », le but était de leur faire accepter l’idée même d’expérimentation puisqu’à notre connaissance aucun consortium d’établissements d’enseignement supérieur ne l’a tenté sur un tel périmètre. Il n’a pas été facile non plus de mêler des suggestions concrètes avec des propositions d’ordre plus stratégique. Enfin, la modération se faisant a posteriori, les quelques rares messages « border line » étaient encore consultables dans une corbeille« ouverte ». Je pense d’ailleurs qu’un cap a été franchi : malgré les craintes initiales, le souci de transparence l’a emporté auprès des 7 chefs d’établissement. 
 
Quel bilan tirez-vous de l’utilisation d’une plateforme participative ? 

Sur potentiellement 60000 personnes, 4000 ont visité la plateforme qui se répartissent pour moitié entre étudiants et personnels, surtout les BIATSS. Proportionnellement, les étudiants ont peu participé. Cependant, ayant peu de points de comparaison, nos objectifs étaient plus qualitatifs que quantitatifs, comme le degré d’appropriation du dispositif qui a évolué pendant les 4 semaines. 
 
Qu’attendez-vous en termes de résultats ? 

La phase de synthèse a lieu en ce moment-même et s’étendra jusqu’à fin mars. Les propositions, qu’elles soient enrichies, amendées ou débattues, seront ensuite finalisées jusqu’à début avril par chaque groupe thématique. C’est un outil qui  permettra à la gouvernance de mesurer le degré d’acceptabilité de certaines actions et de les hiérarchiser dans le temps. Aujourd’hui les communautés ont été consultées, et même si la démarche a suscité parfois du scepticisme, il y a eu un effet nouveauté et curiosité qui est positif pour l’appropriation du projet. On a réellement pu élargir le périmètre des acteurs impliqués. Je pense que nous ne pouvons plus réaliser de projet où il y a un enjeu d’acceptabilité, de compréhension sans faire de la co-construction. Une « bonne com » ne suffit plus. Il faut expliquer, débattre, partager, construire avec…
 
 

Plateforme d’intelligence collective

#kesako ? La consultation est une application numérique développée par Cap Collectif : inspirée du cycle d’élaboration des politiques publiques, la méthodologie fondée sur l’intelligence collective est le fruit d’un travail de recherche et développement (R&D) et de plusieurs années d’expérimentations. C’est ce même outil qui avait déjà fait ses preuves lors de la co-écriture de la loi numérique en 2015.

#pourquoi faire?
Les personnes pouvaient voter pour chacune des 104 propositions :
Pour
Contre
Mitigé
+ argumenter Avis possible pour « pour » « contre » 
Pouvait rédiger une nouvelle proposition  

#modération
La modération se fait a posteriori par la chargée de projet. L’outil est configuré de telle sorte que lorsque quelqu’un poste une nouvelle proposition, elle est publiée. Si elle n’est pas conforme à la charte, le modérateur peut la déplacer dans une poubelle ouverte. Le taux de modération est inférieur à 0,1%.
 
#pour qui ?
La consultation était largement ouverte : communauté universitaire mais aussi partenaires, organismes, collectivités, entreprises, …. Toute personne ouvre un compte anonymement, avec le choix de s’identifier.
Au final, ce sont surtout les personnels Biatts qui ont le plus contribué. 

 
Chiffres-clefs
2 universités : Rennes 1, Rennes 2
5 écoles : EHESP , ENS Rennes, Insa Rennes, ENSCR, Sciences Po Rennes 
60 000 personnes dont 55 000 étudiants
13000 contributions
4000 visites 
7 thématiques 
Budget mutualisé entre les établissements. Location d'une Licence au mois. 
Ouverture du 26 novembre au 21 décembre 2018 soit 4 semaines

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