La révolution collaborative : une société nouvelle qui s’appuie sur des principes d’ouverture, de collaboration, de confiance et de partage de la valeur, est-ce possible dans l’enseignement supérieur ? Interview...


L’Arces – En 2014, la deuxième OuiShare Fest était baptisée "l'âge des communautés". Qu'est-ce qui a changé depuis ? Qu'est-ce qui s'est développé qui vous a surpris et a contrario, qu'est-ce que vous attendiez/espériez et qui n'est pas produit ? 



Je pense qu’il faut plutôt parler désormais d’économies collaboratives au pluriel. Le terme a perdu de sa substance conceptuelle tant les modèles censés le composer ont adopté des trajectoires de développement différentes. Par exemple, entre un Fab Lab, un réseau de distribution alimentaire décentralisé et une grande plateforme numérique d'échange entre particuliers, on ne parle pas vraiment de la même chose.

 
L’Arces – Le monde universitaire, dès sa naissance au Moyen Age, s'est considéré comme une communauté à part - c’est toute l'histoire des universités européennes. Est-ce un atout pour s'adapter à nouvelles formes de communautés nées du numérique ? 

 
Peut-être, mais j'ai toutefois l'impression que beaucoup d'établissements d'enseignement supérieurs sont pris dans un étau entre une réduction drastique des coûts, due entre autres à la baisse des dotations publiques, et les exigences d’une compétition devenue internationale... Dans ce contexte, la réinvention du modèle organisationnel de l'enseignement supérieur ne me semble pas avoir été inscrire à l'ordre du jour.

 
L’Arces – Le fait que par définition, les universités réunissent majoritairement des 18-25 ans est-elle un atout ?  


 
Sans doute, car c'est un public en général assez réceptif aux outils numériques et aux formes d'organisations participatives. Encore faudrait-il leur donner les moyens et la légitimité de s'exprimer et d'agir concrètement sur la gestion et la stratégie de leur établissement. Lorsque j'étais moi-même étudiant, nous avions plutôt l'impression d'être traités comme des enfants par la direction...

 
L’Arces – Un campus est à bien des égards déjà une communauté, et une communauté IRL - et c'est encore plus vrai dans les grandes écoles. Que peuvent-apporter de plus, finalement, les outils de l'ère numérique dans cet univers ? 

 
Il serait à mon sens intéressant d'utiliser le numérique pour connecter les étudiants de grandes écoles avec d'autres profils que leurs camarades de promos, pour sortir de ce milieu en vase clos que j'ai personnellement connu... il y aurait beaucoup de valeur à hybrider davantage les profils sciences dures, sciences humaines, art et design par exemple, de les faire travailler davantage sur de la résolution de problèmes réels, etc.

 
L’Arces – Le monde universitaire est réputé pour être particulièrement pyramidal. Existe-t-il à votre avis une méfiance du monde universitaire - chercheurs, enseignants, gouvernance...- vis-à-vis du numérique ? Quels types de peurs l'ère numérique fait-elle naître ? Celle d'une perte de légitimité, de contrôle, de pouvoir chez les « sachants » ?


Un des mouvements les plus intéressants liés au numérique dans le milieu universitaire et scientifique est à mon avis lié aux sciences ouvertes et citoyennes, à l'open access, etc. Il s'agit de partager davantage les données et publications scientifiques sous licences libres plutôt que de les enfermer dans le copyright des journaux scientifiques privés - alors même que la recherche est souvent financée par des fonds publics… Cette évolution permettrait d’aussi d'élargir le processus scientifique pour faire contribuer des profils non scientifiques : citoyens, entrepreneurs, designers, artistes... La communauté de La Paillasse est une belle illustration d'une façon nouvelle de faire de la science open source au service du bien commun, avec un modèle économique innovant.


L’Arces – - Existe-t-il un exemple d'université ou d'école, en France ou à l'étranger, qui ait développé des pratiques, des outils, des comportements qui vous semblent particulièrement intéressants ? 

 
Je ne sais pas s'il existe un exemple parfait mais l'ESCP, que je connais assez bien, s'est par exemple positionnée très tôt sur l'entrepreneuriat numérique et l'entrepreneuriat social, avec une communauté étudiante très dynamique emmenée par Maëva Tordo, en charge du programme

 
L’Arces – Prenons l’hypothèse d'un président d'école ou d'université qui souhaiterait accompagner, faciliter l'entrée de son établissement dans l'ère numérique. Comment faire ? Quels sont les premiers réflexes à avoir pour favoriser cette acculturation ?

 
Je commencerais par nommer un responsable de la transformation numérique, recruté en dehors du milieu universitaire, plutôt un professionnel du numérique qui aurait déjà fait ses armes. Puis j'essaierais d'impliquer tout l'établissement, en particulier les étudiants, les anciens élèves et les enseignants-chercheurs, dans une démarche participative.

Prochains Évènements