Interview croisée d’Isabelle van Steenbrugghe et d’O’len Gaultier respectivement directrice des ressources humaines et directrice de la communication et du marketing de l’Institut Catholique de Paris.
 Entre information des communautés, développement du sentiment d’appartenance et communication managériale, la communication interne trace sûrement son chemin au cœur des stratégies des établissements d’enseignement supérieur. Pour favoriser un bon climat social interne, deux DRH et DIRCOM ont appris à travailler ensemble.
 

Quelle est votre définition de la communication interne et quelles en sont les cibles prioritaires ?

 
Isabelle van Steenbrugghe : la communication interne parle des collaborateurs ET aux collaborateurs. Elle concerne la communauté des personnels au sens large, enseignants-chercheurs, enseignants ou administratifs. Elle doit susciter l’intérêt sur de multiples sujets.
Ce qui m’a beaucoup surpris lorsque je suis arrivée à mon poste de DRH à l’ICP, c’est que la communication interne incluait aussi les étudiants.
O’len Gaultier : effectivement, c’est l’une des caractéristiques de notre environnement : au-delà des personnes avec lesquelles l’institution a une relation contractuelle, nous avons également une relation permanente avec ces publics.  La communication interne est alors bicéphale : elle se destine à la fois aux personnes qui font vivre la mission de l’institution mais également à tous les apprenants.
 

Y a t-il une différence entre information et communication ?

 
I.VS : oui, l’enquête sur le climat social effectuée l’an dernier nous a fait prendre conscience de la différence entre l’information et la communication, qui est une information à laquelle nous donnons du sens. A la question « comment aimeriez-vous être informés ? », la réponse est invariablement : « j’ai besoin que mon chef me parle ».
O.G : souvent nous entendons « nous avons un problème de RH » ou « nous avons un problème de communication ». En réalité, il s’agit souvent d’enjeux de communication managériale, dont il a d’ailleurs été beaucoup question au colloque de l’Arces. Dans la mission qui nous est confiée, nous nous attachons à écouter autant qu’à expliquer le projet commun, valoriser les réalisations collectives ou expliquer le fonctionnement de l’organisation.
 

Est-ce là le principal objectif de la communication interne ?

 
I.VS : partager un projet commun, oui, pour moi c’est le premier objectif de la com’ interne.
D’autant plus que la population que nous visons est très hétérogène.
O.G : les enjeux sont nombreux. Il faut parvenir à dépasser les silos organisationnels, les différences de métiers ou de statuts et permettre à chacun de comprendre comment il concourt à la mission de formation et de recherche de l’ICP. C’est d’autant plus complexe que les motivations à rejoindre l’ICP sont multiples.  
 

Comment fonctionne concrètement la communication interne à l’ICP ?

 
O.G : nous évaluons ensemble la stratégie de communication interne la plus pertinente au regard des objectifs stratégiques de l’ICP et faisons des propositions à la gouvernance. Celles-ci sont réalignées, parfois contredites, le plus souvent enrichies. Puis avec nos collaborateurs nous travaillons le plan d’action et sa mise en œuvre en veillant à plusieurs dimensions clefs : engagement, appropriation, sens, appartenance.
I.VS : je suis co-responsable de la communication interne. Une personne en a la responsabilité opérationnelle ; elle se trouve au sein de la direction d’O’len.
O.G : au quotidien, nous sommes agiles ! Nous expérimentons et co-construisons ensemble dans une vision à 360°.
 

Vous avez mentionné l’enquête sur le climat social de l’ICP réalisée en 2017, quel est son objectif ?

 
I.VS : sonder le climat interne. La première édition du « baromètre social de l’ICP » avait été réalisée en 2013 et nous avons pu mesurer avec satisfaction le chemin parcouru. 389 personnes ont été contactées et 227 enseignants et administratifs ont répondu en ligne. Entre 2013 et 2017 par exemple, le rôle du manager a été évalué de manière très positive. Je tiens à souligner que la démarche a été inclusive : nous avons co-rédigé le questionnaire avec le comité d’entreprise qui a d’ailleurs financé l’enquête pour moitié. Puis, nous avons organisé une restitution des résultats de l’enquête collectivement, par groupe de collaborateurs. La communication interne est alors apparue unanimement comme une priorité.
O.G : la majorité des collaborateurs pointent que leur venue à l’ICP a du sens : cet ancrage est important pour déployer des actions de communication interne qui fonctionnent bien (voir encadrés).
 

Quelle principale leçon en avez-vous tiré sur le plan de la communication interne ?

 
I.VS : la place majeure qui a été prise par l’intranet pour l’information des collaborateurs.
O.G : pour le moment notre intranet est un objet relativement déconnecté de l’environnement numérique de communication. Au-delà des enjeux d’efficacité et de productivité cela pose surtout la question de la cohérence de la communication dont parlait Frédéric Fougerat lors de son intervention au 18e colloque de l’Arces. La ligne éditoriale de notre intranet est par ailleurs encore trop administrative. Cette faible place offerte aux actualités du cœur de métier rend l’outil peu pertinent pour les enseignants-chercheurs. Nous devons évoluer sur toutes ces questions.
 

Existe-t-il des recettes toutes simples d’une bonne communication interne ?

 
O.G : aujourd’hui, nous devons être à l’écoute des initiatives du terrain. La communication interne est réflexive. L’enjeu, c’est de multiplier les occasions de rencontre et de partage, et de les diversifier aussi, car on ne va pas intéresser chacun de la même façon. A l’ICP, nous avons réalisé des choses toutes simples (voir encadrés) qui ont rempli leur objectif : toucher et engager la communauté universitaire dans sa diversité.
 
 

La transformation du campus de l’ICP au cœur de Paris, ou comment susciter la fierté de travailler dans des locaux rénovés lors de la 1re rentrée.

La communauté universitaire de l’ICP a été plutôt compréhensive face aux nuisances quotidiennes engendrées par les importants travaux de transformation du campus. La communication interne a d’abord joué son rôle en organisant régulièrement des visites de chantiers, ouvertes à tous, avec les architectes du projet. Une action qui a remporté un franc succès et a encouragé les équipes de la com’ pour marquer la rentrée dans les locaux rénovés en deux temps.
 
Opération « ICP Plage » fin aoûtOn pourrait parodier le fameux « venez comme vous êtes » pour résumer l’événement, s’amuse O’len Gaultier, qui a invité tous les collaborateurs à s’approprier les lieux dans un esprit encore estival : jeux de raquettes, limonades, transats et même cartes postales, destinées aux collègues qui n’étaient pas encore rentrés de vacances. «Une attention particulièrement appréciée » d’après la Dircom de l’ICP. « Tout le monde  a joué le jeu : les plus engagés sont même venus en short avec serviette de plage sous le bras ! ».
 
Opération « tee-shirts rouges » en septembreLes personnels volontaires ont revêtu le désormais fameux « tee-shirt rouge » pour guider à tour de rôle leurs collègues et les étudiants dans les nouveaux locaux pendant le mois de septembre : administratifs, enseignants, chefs de services, ….tous bénévoles.
 

Beaucoup de créativité et peu de budget : des événements qui séduisent un large public de collaborateurs de l’ICP

 
N°1 le pique-nique de fin d’année, organisé début juillet sur le campus, avec offre de restauration qui prend en compte toutes les contraintes, plaids, stands glaces ou frozen yogurt, et loterie où tout le monde gagne : son poids en goodies, en bonbons, etc…
 
N°2 la galette des rois, d’autant plus appréciée qu’elle est géante et qu’elle est réalisée… par un boulanger qui fournissait aussi l’Elysée !
 
N°3 les visites guidées. Entre visite commentée du « Paris des universités » réalisée par un enseignant médiéviste de la faculté des lettres de l’ICP et jeu de pistes par équipes tirées au sort, le but est de faire se rencontrer les collaborateurs et de leur faire comprendre l’histoire et l’ancrage territorial de l’institution dans laquelle ils travaillent.
 
N°4 la course du Luxembourg. L’ICP prend en charge le coût de l’inscription pour ses collaborateurs volontaires, heureux et fiers de concourir sous le même maillot à un défi sportif. Des bénévoles, heureux d’applaudir les collègues, tiennent un mini-stand café et surveillent les enfants pendant la course.
 
 
Propos recueillis par Sophie Dotaro

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