L’exemple de la Fondation Grenoble INP
Les fondations et les chaires sont de fabuleux outils pour valoriser les travaux de recherche. Quelle place le chercheur joue-t-il dans cette valorisation ? Et quelle articulation peut-il y avoir avec la communication institutionnelle de l’établissement ? Nous vous proposons de regarder comment la Fondation Grenoble INP aborde ces enjeux avec Benoît Giroud son directeur.
Pouvez-vous nous dire un mot sur la Fondation Grenoble INP ?
La fondation Grenoble INP a été créée en 2010. C’est une fondation partenariale, au service de l’institution*, de son développement et de son rayonnement. Nous soutenons des projets à impact, au bénéfice soit de nos étudiants, soit de nos écoles, soit de nos laboratoires de recherche. Notre objectif est de collecter des fonds et de financer un certain nombre de projets à impact. En chiffres, cela représente environ 1200 bourses versées depuis le démarrage, 300 associations et projets étudiants soutenus, et 18 chaires d’excellence industrielle, dont 11 encore actives. Nous collectons environ 2 à 2,5 millions d’euros par an.
Vous avez fait des chaires d’excellence industrielle votre spécificité. En quoi sont-elles spécifiques ?
Les projets travaillés dans les chaires d’excellence industrielle s’inscrivent dans le temps long : les chaires sont renouvelées, étendues et elles existent depuis quinze ans. Ce sont des projets collaboratifs entre le monde industriel et la recherche, très applicatifs. En général, nous partons d’un domaine de recherche où Grenoble INP dispose d’expertises, que nous mettons à disposition et que nous expérimentons sur le terrain industriel. Nos chaires ne sont pas déconnectées des problématiques de terrain que rencontrent nos partenaires. La recherche est à la disposition d’une complexité que l’industriel rencontre. Nous parlons d’ailleurs de recherche au service des métiers de l’ingénierie, ce qui représente finalement assez bien notre ADN académique et de recherche au service de l’industrie.
Comment la communication s’articule-t-elle entre la Fondation et l’institution Grenoble INP ?
Le rôle des fondations est de révéler un diamant brut et de le transformer en bijou utilisable. Entre fondations et écoles, il y a une complémentarité : nous pouvons apporter du contenu prêt à l’emploi, ou au contraire communiquer sur des sujets plus difficiles pour l’établissement. Nous sommes un outil au service de l’école. Nous avons au sein de la Fondation plusieurs personnes dédiées à la communication, qui interviennent comme conseils et opérateurs auprès des chaires. Ce n’est pas le métier des chercheurs de faire de la communication, même s’ils sont les meilleurs ambassadeurs de leurs projets. C’est aussi l’un des outils les plus proches du monde industriel et économique, ce qui permet de valoriser ces projets.
A quels enjeux vous confrontez-vous en termes de communication ?
La communication est l’une des dimensions les plus importantes du travail en mécénat. Si une chaire produit de la recherche et avance sur ses sujets, c’est très bien. Mais si elle n’est pas capable de diffuser, de valoriser, de vulgariser sans trahir, de traduire la science vers le monde professionnel, voire même au grand public, elle se trompe. Et la chaire n’avance pas. Les partenaires, même lorsqu’ils sont très proches de la science, ne sont pas des chercheurs. Ils ont besoin de cet effort de traduction et de cette complémentarité. Le sujet peut être passionnant, mais la manière de le raconter a un impact considérable.
Parvenez-vous systématiquement à le faire ?
Notre établissement, du fait de ses origines, est déjà très proche du monde industriel, ce qui facilite grandement la communication et nous pratiquons une recherche très appliquée en lien avec des problématiques techniques complexes mais rencontrées au quotidien par les partenaires et le grand public. Par ailleurs la Fondation, dans le cadre de ses chaires, associe systématiquement la recherche à des enjeux à impact. Notre objectif est donc de faire des passerelles entre une recherche souvent de pointe menée par des experts vers des problématiques compréhensibles de tous : le remplacement des emballages plastiques par des biomatériaux, le maintien des grands ouvrages hydrauliques, les nouveaux métiers de l’industrie du futur, l’IA au service de l’ingénieur… Globalement nous arrivons à tenir ces objectifs mais les moyens mis en œuvre restent conséquents pour maintenir un niveau de visibilité et de compréhension accessible à tous.
Quels sont vos outils et stratégie privilégiés ?
Le fait d’être une structure privée par rapport à notre institution publique nous donne une réelle agilité. Nous ne sommes pas soumis aux mêmes contraintes d’achat public. Nous pouvons prendre des risques, être originaux, notamment sur les supports de communication. Nous utilisons beaucoup les réseaux sociaux et les vidéos. Nous avons créé deux MOOC — l’un sur l’IA, l’autre sur les réseaux électriques intelligents —, un escape game sur l’infrarouge, deux serious games sur l’industrie 4.0 et l’équilibre énergétique. Nous produisons des supports très différents. Notre nous adossons également à de grands événements d’innovation du territoire comme Business Hydro, autour de l’hydraulique. Nous avons des chercheurs sur l’hydroélectricité et l’hydraulique : nous les mettons en visibilité, nous faisons des conférences. Ou Tech&Fest à Grenoble, organisé par le groupe EBRA. Nous y avons systématiquement un stand, nous intervenons sur les thématiques et nous mettons nos projets en visibilité. Nous le faisons avec plus d’agilité que l’institution ne pourrait parfois le faire.
Grenoble INP en quelques chiffres
- 8 500 étudiants
- 8 écoles d’ingénierie et de management
- 7 écoles d’ingénieurs
- 1 IAE
- 42 laboratoires de recherche

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