Réconcilier le monde de la recherche et les médias en donnant la plume à des universitaires pour éclairer le débat public, c’est l’objet de The Conversation qui a ouvert sa plateforme en France en 2015. Interview...


L’Arces – The Conversation est née en 2011 en Australie mais n’a lancé sa version françaisequ’en 2015. Pourquoi pas plus tôt ? Est-ce lié aux spécificités du monde académique français ?


Didier Pourquery -  Le développement du site s’est d’abord fait dans le monde anglo-saxon où les synergies se sont créées très naturellement. Au-delà d’une langue commune, toutes les universités connaissent des systèmes comparables et des modes de fonctionnement reconnaissables d’un pays à l’autre. La décision d’ouvrir une version française est moins naturelle dans la mesure où des disparités existent : les systèmes québécois, belge et hexagonale sont différents ans même parler du reste de la francophonie. A lui seul, le système français apporte de la complexité : naissance des COMUE, coexistence de grandes écoles et d’universités… Le fait que les enseignants-chercheurs soient souvent rattachés à plus d’une structure (établissements, organismes de recherches…) complique encore la lisibilité du système. Cela étant, notre modèle séduit de plus en plus : 700 enseignants-chercheurs ont déjà publié sur The Conversation depuis septembre 2015.

L’Arces – Au carrefour entre recherche et journalisme, The Conversation a pour ambition de renouer avec l’esprit des Lumières en permettant à des universitaires de prendre la plume pour éclairer le débat public sur leurs sujets de prédilection. Pourquoi avoir choisi le web comme moyen de cette ambition ?

Didier Pourquery – Nous avons pour ambition de renouer avec une vulgarisation de haut niveau, au sens le plus noble du terme. Or, le web multiplie les portes d’entrée vers de tels contenus qui peuvent être repris, partagés et commentés sur tous les supports et à destination de tous les publics : sites web, newsletters, médias traditionnels, réseaux sociaux… Leur viralité est potentiellement sans limite, d’autant que nos articles sont créés sous licence Creative Commons et conçus pour être librement repris dans tous les médias traditionnels. Nous sommes ravis de nous faire « voler » nos contenus ! Par ailleurs, le choix du web permet d’enrichir les billets grâce à des liens hypertextes, des vidéos ou des images bien plus facilement que dans un magazine papier. Enfin, notre ligne éditoriale peut plus facilement s’articuler dans une double direction : d’une part des articles où nos contributeurs réagissent à une actualité quelconque (Brexit, Euro 2016, loi travail, actualité de la recherche…). D’autre part, des contenus sans temporalité particulière qui permettent aux chercheurs de partager le produit de leurs recherches avec un public élargi, sans se cantonner aux seules revues spécialisées.

L’Arces – On sait qu’une partie des chercheurs font preuve d’une certaine méfiance vis-à-vis des médias. Est-ce l’un des moteurs de votre stratégie ? N’êtes-vous pas tentés parfois d’éditer les articles pour gagner en visibilité dans les moteurs ?

Didier Pourquery – C’est en effet une manière de réconcilier le monde de la recherche et les médias en nouant une relation de confiance basée sur un principe absolu : notre équipe de journalistes spécialisés édite les papiers de manière à les rendre aussi accessibles que possible, mais un billet n’est jamais mis en ligne qans que son auteur. C’est lui et lui seul qui a la main : pour lui, c’est la garantie absolue que son propos ne sera pas repris de manière erronée, trahi ou dénaturé. En tant que journalistes nous ne nous considérons que comme des passeurs de savoir et notre rôle se limite à les aider à rendre leur propos plus accessible si nécessaire, avec leur plein accord. Par ricochet, c’est une manière de renouveler le vivier d’experts qui interviennent dans le débat public : libre à nos confrères de contacter nos contributeurs pour les inviter à s’exprimer dans leurs propres supports.

L’Arces – Votre statut associatif et votre modèle économique vous permettent de ne pas être aussi soumis à la course aux clics que d’autres pure players. Cet aiguillon ne vous manque-t-il pas ?
 
Ne pas avoir d’objectifs de visibilité ne signifie pas que nous ne jetons pas un œil aux statistiques de fréquentation, mais une large partie de notre public n’y accède pas via le site de The Conservation dans la mesure où nos contenus sont régulièrement repris dans d’autres médias. Plus ils sont nombreux, plus l’article est lu et plus nous sommes heureux car l’objectif est atteint.  En septembre 2015, un article de Pierre Leriche, directeur de recherche au CNRS, sur l’archéologue de Palmyre Khaled al-Assad assassiné par les djihadistes a réuni plus de 820 000 lecteurs en deux jours sur… 30 000 sites. The Conversation n’est que la partie émergée d’une viralité bien plus étendue. 

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