En mars l’Arces vous emmène loin, très loin… Direction la Nouvelle Calédonie à la rencontre de Sylvian Raffard-Artigue, directeur de la communication de l’université de Nouvelle Calédonie. Parlons métier, mais aussi bougna, croziflette et baseball, sous les cocotiers, bien sûr !  



Quelques questions préalables :


Quel est l’intitulé exact de votre fonction ?

Directeur de la communication

 

Depuis combien de temps êtes-vous à ce poste ?

Depuis le 1e novembre 2014

 

Quelles sont vos principales missions ?

Le titre qui a été attribué à mon poste est « directeur de la communication » mais j’ai été recruté aussi pour assumer un rôle de « directeur de cabinet » du Président auquel je suis directement rattaché. Mon rôle comprend donc deux volets, un volet plutôt classique de communication-marketing et un volet plus spécifique de relations politiques et institutionnelles lié au fait que j’ai exercé plus de 5 ans dans des cabinets ministériels* au sein du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.


Avez-vous une équipe ? Si oui, de combien de personnes ?

Petite université (3000 étudiants) donc petite équipe, nous sommes 2… Nous travaillons avec des agences de communication et des prestataires implantés sur l’agglomération nouméenne.

 
Quelques mots rapides de votre formation et cursus

J’exerce dans mon ancienne université et c’est une fierté ! J’ai suivi un cursus de linguiste (langues étrangères appliquées en anglais et espagnol) débuté à l’Université de Nouvelle-Calédonie et terminé (DESS / Master II) à Montpellier III. J’ai ensuite eu des expériences professionnelles variées en commençant par l’enseignement, le tourisme puis dans des postes à responsabilité comme directeur des relations communautaires au sein d’une multinationale du nickel implantée dans le sud de l’archipel ou encore en tant que conseiller auprès de ministres*du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

 
* J’utilise le mot « ministre » pour une meilleure compréhension du lecteur mais au titre de la loi organique relative à la Nouvelle-Calédonie et à l’inverse de la Polynésie française, le titre de ministre n’est pas accordé aux élus qui composent le gouvernement local. Ils sont simplement appelés « membre du gouvernement ».
 

La communication et l’enseignement supérieur


Quelques mots pour définir la fonction communication dans l’enseignement supérieur ?

C’est un exercice à la fois classique, de gestion du patrimoine « image-réputation » de l’université mais qui comporte une particularité forte liée au foisonnement intellectuel spécifique au milieu universitaire. Il faut veiller en permanence à la cohérence des messages-clés dans un volume important d’informations à communiquer. Dans le contexte local très particulier de la Nouvelle-Calédonie, il faut aussi gérer les prises de position de certains acteurs universitaires tout en tentant de préserver à la fois l’indépendance d’expression des enseignants-chercheurs et la ligne de la communication institutionnelle (« corporate ») de l’université. C’est un travail d’équilibriste !

 

Qu’appréciez-vous le plus dans votre métier ?

Le fait que nous soyons une vraie valeur ajoutée à l’information diffusée par l’université et à son image de marque. Nous sommes là pour valoriser le travail de l’université et de tous ses acteurs. On s’efforce de rendre les choses plus jolies et plus faciles à comprendre…

 
Et le moins ?

Notre métier est assez peu connu et les gens viennent nous voir au dernier moment pour communiquer alors qu’une bonne communication, c’est celle qu’on a pu préparer correctement en amont et qui s’inscrit dans une cohérence argumentaire.

 
Quel serait « l’idéal » du communicant dans l’enseignement supérieur ?

Il faut pouvoir communiquer sur des sujets assez complexes en les rendant compréhensibles par le grand public et les décideurs. Je pense qu’un ancien prof qui aurait fait un passage en politique est particulièrement adapté : il aurait une bonne connaissance du milieu dont il parle et aurait un esprit de synthèse et de rassemblement.
 

Votre métier


Pourquoi avoir choisi ce métier ?

La communication c’est avant tout les relations, que ce soit avec la presse, les institutions ou le public. Je trouve cela très intéressant et très stimulant. C’est un métier de rencontres et c’est en même temps un défi intellectuel permanent car il faut transformer une information brute en communication claire, intéressante et qui serve l’image de l’université.

 
Quelles sont les qualités qui vous permettent de l’exercer efficacement ?

Et bien, au risque d’être un peu prétentieux, je dirais l’ouverture d’esprit, une bonne culture générale (due aussi à mon cursus universitaire…), la patience, l’empathie, la réactivité, la disponibilité, mon parcours professionnel jalonné d’expériences variées, et – à l’échelle locale – un gros réseau.

 
Quels sont le/les défauts que vous ne supportez pas dans le monde professionnel ?

Il arrive parfois que les gens « chicanent » les uns sur les autres, c’est malsain pour les relations de travail et je n’aime pas ce genre d’hypocrisie. Je pense être un cadre qui applique un management plutôt participatif, je consulte l’équipe et les collègues pour qu’ils s’approprient les actions à mettre en œuvre. Il y a un temps pour la discussion, et un temps pour l’exécution. Je supporte mal que l’on remette en cause des décisions arrêtées, surtout quand les gens ont été associés en amont. Quand c’est le moment de l’action, il faut que ça pulse !

 
Quelles sont les choses qui vous étonnent encore dans nos métiers ?

Il est en constante évolution et la communication est de plus en plus sophistiquée. Elle prend des formes toujours renouvelées, s’étend sur des supports multiples. C’est très stimulant cette nouveauté permanente ! Je trouve aussi que la créativité, que nous côtoyons presque tous les jours dans notre métier, est une qualité étonnante de l’être humain : elle semble illimitée.

 
Trois messages pour bien débuter dans notre métier ?

La rigueur : comme nous sommes souvent à flux tendu et que nous diffusons des informations vers le grand public, les médias et les institutions ; il faut être très rigoureux dans son travail. Ne pas négliger les détails ou la qualité. Je pense que tout ce que nous écrivons reste, c’est le reflet de notre degré d’exigence vis-à-vis de nous-mêmes. Une communication qui s’appuie sur des outils et des méthodes rigoureux sera rarement mise en défaut.
 

La pédagogie : il faut faire partager à nos collègues les difficultés et contingences liées à la communication. Une bonne communication est forcément un travail d’équipe, transversal. Chacun doit bien comprendre les contraintes des uns et des autres pour des actions plus coopératives, au service d’une plus grande efficacité.
 

La curiosité : à la com, on doit être au courant de tout avant tout le monde ! Il faut lire beaucoup, être à la veille des réseaux sociaux, discuter avec les « leaders d’opinion » et essayer de déceler à l’avance les prochaines évolutions. On ne peut pas être un bon communiquant en restant coupé du monde.
 

Quelques questions plus personnelles...


Avez-vous des passions en dehors de votre activité professionnelle ?

Je pratique le baseball depuis que j’ai 16 ans. Le baseball a existé pendant la présence américaine en Nouvelle-Calédonie mais a disparu à leur départ à la fin de la 2e Guerre mondiale. Avec quelques amis nous avons relancé ce sport à Nouméa en 1990 et je suis toujours président du plus ancien club de baseball de Nouvelle-Calédonie. C’est un engagement associatif assez prenant mais c’est très encourageant de voir les jeunes s’intéresser à notre sport et de leur transmettre la passion de le pratiquer.

Je suis aussi passionné, depuis très jeune, par la politique et le débat d’idées. J’ai été tenté par un engagement électif mais c’est assez peu compatible avec la vie de famille (j’ai deux enfants de 7 et 10 ans). J’y reviendrai peut-être plus tard, qui sait…

 
De quelle région êtes vous ? Avez vous une région que vous préférez ?

J’ai un double héritage dont je suis très fier : je suis Grenoblois de naissance et j’habite en Nouvelle-Calédonie depuis plus de 35 ans. Je suis donc Calédonien et Grenoblois ! Ça fait un sacré contraste… J’aime particulièrement les plages de sable blanc de l’île des Pins et la Haute-Savoie. J’ai aussi un faible pour le Japon avec ses paysages magnifiques, sa culture très profonde et son peuple si courtois.

 
Quel est votre auteur préféré ?

Difficile de n’en choisir qu’un ! Je dirais Aragon.

 
Un film ?

Là aussi c’est très dur de n’en choisir qu’un ! Après une grande hésitation je citerais Solaris de Steven Soderbergh.


Un plat ?

Un bougna** avec plein de jus de coco ou une croziflette*** !


** Plat kanak typique de la Nouvelle-Calédonie

*** C’est comme une tartiflette mais avec des crozets de Savoie à la place des pommes de terre !

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