Une rentrée sous contrôle

Interview de Loïck Roche, Directeur général, Grenoble Ecole de Management

Les clusters se multiplient dans le monde étudiant, amenant certains établissements à fermer quelques semaines à peine après avoir rouvert. Le 26 septembre dernier, le journal Le Monde annonçait même que « le milieu scolaire et universitaire était devenu la première « collectivité » de circulation du virus, devant les entreprises, selon le dernier bulletin hebdomadaire de Santé publique France ». Une situation qui conforte Grenoble Ecole de Management dans sa décision de faire une rentrée 100% à distance. Loïck Roche, son Directeur général, nous explique ce choix.
 

Quand la rentrée à distance a-t-elle été décidée ?

Nous avons pris la décision début juillet. Si personne ne peut dire à ce moment-là quelle sera la situation sanitaire à la rentrée, toutes les projections montrent, non seulement qu’elle ne sera évidemment pas terminée, mais que nous devrions être en phase de reprise épidémique, puisque nous nous situerons après les vacances. Aussi, décider des enseignements à distance pour septembre et octobre pour les formations initiales, c’était garantir le plus important pour un dirigeant d’un établissement d’enseignement supérieur : la santé et la sécurité des étudiantes et étudiants. Par ailleurs, cela permettait de sécuriser les rentrées tout en intégrant les étudiantes et étudiants étrangers qui ne peuvent pas, aujourd’hui encore, venir en France.

Vous n'accueillez donc aucun étudiant dans l’établissement actuellement ?

Tous les services aux étudiantes et aux étudiants sont ouverts et l’ensemble des ressources leurs sont accessibles : bibliothèques, couloir associatif, salles pour travailler en groupe. Ils peuvent également, sur RDV, s’entretenir avec les enseignantes et les enseignants. Pour les publics executive, outre ces mêmes ressources qui sont à leur disposition, nous avons maintenu toutes nos interventions en présentiel parce que ce sont des groupes souvent plus petits. Nous avons donc quelques centaines d’apprenantes et d’apprenants dans l’établissement chaque jour en lieu et place des 5 000 élèves et professionnels qui y sont ordinairement.

Ne regrettez-vous pas cette décision alors que le protocole aurait permis l’inverse ?

Beaucoup d’autres structures ont joué sur l’ambigüité, fait croire que tous les enseignements seraient en présentiel. La réalité est évidemment tout autre. Et à quelques rares exceptions près, lorsque tous les cours sont maintenus en face-à-face, alors cela donne les photos que l’on voit sur le Net, des amphis bondés, les élèves certes masqués mais sans aucune distanciation physique entre eux. Pour ce qui nous concerne, guidés par ce seul impératif : la santé et la sécurité des étudiantes et des étudiants, nous avons pris, je pense, la décision la plus responsable parce que la plus raisonnable.

Comment analysez-vous cette différence de choix avec la majorité des Universités ?

Nous n’avons pas la même organisation. Nous pouvons décider, au niveau de chaque école, les conditions de la rentrée. Nous pouvons anticiper, comme nous l’avons toujours fait depuis le début de la crise, les mesures du gouvernement, là où les universités, je pense, sont plus contraintes et doivent attendre les textes et s’y conformer.

Les étudiants continuent à faire la fête. Les clusters se multiplient. Certaines écoles sont montrées du doigt. Comment maitriser l’image de son établissement dans ce contexte ?

La question de l’image de l’institution est très secondaire dans ce type de situation. Ce qui importe une fois encore, c’est la santé et la sécurité des personnes. Si nous ne pouvons pas maîtriser ce que font les étudiantes et les étudiants à l’extérieur, dès lors que ce n’est pas un événement organisé par l’École ou une association, nous pouvons les sensibiliser, les mettre en face de leurs responsabilités. Pour être encore plus efficaces, et avoir des actions concertées à l’échelle du territoire, nous travaillons avec la Ville de Grenoble et les autres composantes de l’enseignement supérieur, au premier rang desquelles l’UGA. Par ailleurs, j’avais appelé les autorités représentatives de l’État à l’échelle du territoire à interdire les rassemblements de plus de 10 personnes sur la voie publique et donc dans les parcs. Les mesures prises par le Préfet, dans la continuité des directives gouvernementales, ont été dans ce sens.

Les évènements étudiants sont donc interdits à GEM ?

Ils sont autorisés au sein de GEM dans le strict respect du protocole sanitaire. Un protocole élaboré et partagé avec l’ARS avec qui nous sommes, au quotidien, en relation extrêmement étroite.

Comment voyez-vous la suite ?

Nous allons continuer à nous adapter à la situation, aux évolutions et conséquences de ces évolutions, en essayant d’anticiper comme nous l’avons toujours fait depuis le début de la crise. Nous travaillons aujourd’hui pour remettre des enseignements en face-à-face à partir du 2 novembre. Maintenant, si la situation, malheureusement, devait devenir encore plus grave, nous sommes prêts à basculer en moins de 24 h dans un fonctionnement (management, organisation, enseignements, …) 100% à distance. Ce pourrait être le cas s’il devait y avoir, et il faut l’intégrer dans notre réflexion, des reconfinements partiels, par exemple à l’échelle locale.

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