Fabrice Rousselot
Directeur de la rédaction, The Conversation

Décrypter l’actualité à travers le prisme de la recherche

Arrivé en 2015 dans le paysage médiatique français, The Conversation a, en cinq ans à peine, réussi son pari : donner une réelle visibilité et lisibilité à la recherche en France et, plus largement, partout dans le monde. Plus de 6 500 chercheurs issus de 112 institutions différentes (universités, grandes écoles, laboratoires…) travaillent aujourd’hui étroitement avec l’équipe de The Conversation France pour, à la fois, faire raisonner l’actualité et mettre en avant l’actualité de la recherche. Fabrice Rousselot revient, pour l’ARCES, sur ce qui fait la réussite de ce média unique en son genre.

D’où est née l’idée ?

The Conversation est née en 2011 en Australie d’un journaliste britannique, Andrew Jaspan. Alors qu’il travaillait très régulièrement avec des universités, il a eu l’idée de donner la parole aux chercheurs. Le concept a très vite pris : The Conversation compte actuellement des équipes – toutes indépendantes - dans neuf pays et travaille avec un réseau de plus de 100 000 chercheurs dans le monde.

Comment définir The Conversation en quelques mots ?

C’est un media destiné à décrypter l’actualité à travers le prisme de la recherche. L’expert – le chercheur en l’occurrence – est au centre, et la plateforme - The Conversation - alimente le débat public en mettant en avant des travaux de recherche. Notre volonté est de contribuer à l’information sous l’angle de l’expertise et du partage du savoir.

Recherche et vulgarisation : n’est-ce pas antinomique ?

Sans vulgarisation, les travaux de recherche n’ont que très peu d’impact. Si l’on veut contribuer au débat public, le chercheur doit nécessairement rendre accessible et compréhensible ses travaux au plus grand nombre. C’est tout l’apport de nos équipes de journalistes : tout en étant des experts de leur domaine, les journalistes aident les chercheurs à travailler les angles et à affiner les sujets traités. C’est un réel travail éditorial qui est mené, sachant qu’in fine c’est toujours le chercheur qui signe son article. C’est en cela que réside la spécificité et l’unicité du modèle éditorial de The Conversation.

Vous êtes un média 100% en ligne totalement indépendant. Comment vous financez-vous ?  

Tout comme notre modèle éditorial, notre modèle économique est lui aussi unique. Toutes les équipes de The Conversation sont réunies, quel que soit le pays dans le monde, au sein d’associations à but non lucratif. Vous ne trouverez aucune publicité sur The Conversation. Nos recettes proviennent de quatre sources : les cotisations des universités partenaires, le soutien de grandes fondations, des subventions et plus récemment des dons. Nous sommes aujourd’hui parvenus à créer une véritable communauté de lecteurs qui nous soutient activement.

Une communauté que vous cherchez à élargir avec The Conversation Junior par exemple ?

Absolument ! Nous avons lancé The Conversation Junior il y a plus d’un an dans le but d’élargir notre lectorat mais surtout de contribuer à éduquer le plus tôt possible les jeunes générations à bien s’informer. La désinformation est aujourd’hui un mal qui se propage du fait d’un trop plein d’informations dont les sources ne sont pas forcément connues ou reconnues. The Conversation, dans sa version classique comme junior, contribue à lutter contre la défiance envers les médias traditionnels en affichant un haut niveau d’expertise et en s’appuyant sur des sources externes incontestables.

Imaginiez-vous une telle réussite lorsqu’Andrew Jaspan vous a proposé de créer The Conversation en France ?

Quand je me suis lancé dans l’aventure, on était en pleine réflexion sur le rôle et l’avenir de la presse dans un contexte de forte expansion d’internet. C’était pour moi une belle occasion, après de longues années à Libération, d’amorcer de nouvelles façons de penser le journalisme. Mais jamais The Conversation n’aurait pu marcher si les chercheurs n’avaient été murs pour participer. Il s’est très vite avéré que la demande d’expertise, de la part du grand public comme des autres médias, était là. Un besoin qui s’est avéré encore plus criant en pleine crise sanitaire. Dans un paysage médiatique envahi par les polémiques et un certain brouhaha, The Conversation capitalise sur l’expertise en mettant en avant des chercheurs pas forcément connus mais qui sont de vrais experts. Aujourd’hui plus de 24 800 médias dans le monde republient nos articles. Nous ne pouvions espérer plus belle preuve de la plus-value de notre média.


 

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